Etude de ce qui constitue chaque nation et des conséquences qui en découlent
La rubrique "actualités" est ouverte aux apports de divers auteurs, qui viendront illustrer, actualiser, commenter, préciser, compléter, voire nuancer, l’Essai sur le concept de Nationisme, paru en 2024. Ces différents apports, postérieurs à la publication de l’Essai feront vivre et s’améliorer la « théorie nationiste », conçue pour favoriser la paix internationale et la démocratie interne.
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Chaque nouveau texte accepté est inséré selon le chapitrage de Nationisme :
07/09/2026
L'augmentation du prix des hydrocarbures a des conséquences bien concrètes sur la France et son économie.
Un plafonnement des prix par l'État était-il possible ? Judicieux ?
Emmanuel Macron pouvait-il et devait-il bloquer les prix des produits pétroliers ?
Henri TEMPLE
05/05/2026
CONTRIBUTION / OPINION. L'augmentation du prix des hydrocarbures a des conséquences bien concrètes sur la France et son économie. Un plafonnement des prix par l'État était-il possible ? Judicieux ?
© Anthony Pizzoferrato/AP/SIPA
Commençons par l'état des lieux. Depuis le début de l'année 2026, le prix des produits pétroliers a bondi de 51 % en quelques mois, ce qui accable toute l’économie française. Dans le même temps, les géants français du pétrole augmentaient leurs bénéfices de 55 % !
En 1945, après la Seconde Guerre mondiale, l’économie française, très affaiblie, a réussi un redressement extraordinaire : ce que l’on appela alors les « Trente Glorieuses ». Et pourtant non seulement notre pays se relevait de cinq ans d’occupation et de destructions allemandes, mais encore il était impliqué dans deux guerres coloniales – au Vietnam, puis en Algérie.
Cette formidable performance a été rendue possible grâce à quatre options en droit économique. D’une part un commerce international maîtrisé (ce que l’on appelait, après 1957, la préférence communautaire et le tarif douanier commun). D’autre part le contrôle administratif des prix (1). Ensuite une relative modération fiscale. Enfin, on pense pouvoir ajouter l’encadrement des déficits budgétaires et de la dette par la Banque de France.
L’observateur, même le plus inattentif ou le plus dogmatique, aurait dû se poser, dès le début du mois d'avril 2026, une question cruciale : et si la très grave situation de l’économie – et donc de toute la société française – avait été causée par quatre options inverses, imposées à la France et acceptées par ses présidents sans le moindre référendum ? À savoir : l’abandon du contrôle des prix (1986), l’obligation pour l’État d’emprunter sur les marchés (1973 (2)), l’émission monétaire par les banques privées (Accords de Bâle II et III), la mondialisation du commerce sans droits de douane (OMC, 2000). Quant à l’explosion exponentielle de la pression fiscale et de la dette, choix élyséen, elle est la conséquence de l’incompétence, de l’indifférence, de l’aboulie, et même de la sottise de nos dirigeants.
La question primordiale et très urgente est donc bien, désormais, et afin d'éviter la nécrose économique puis l’éruption sociale et nationale qui viennent, de savoir si Macron pouvait et devait bloquer les prix des produits pétroliers. Curieusement la question est assez peu débattue dans les médias ou dans les partis politiques. Pire, elle est souvent faussée et alambiquée par une question parasite : ne faudrait-il pas réaffecter ou taxer les super-profits, tant de l’État (par ses taxes proportionnelles sur les hydrocarbures), que par des compagnies pétrolières ? Pourquoi faire simple, rapide et efficace alors qu’on peut faire tarabiscoté et procrastiné ?
Ce qui est possible selon le droit économique
Les outils juridiques permettant de calmer la flambée des prix des produits pétroliers, sans préjudice ni pour l’État ni pour les compagnies pétrolières, mais avec des effets heureux pour les professionnels et les consommateurs, existent et sont facilement et rapidement activables. Mais Emmanuel Macron refuse de les activer.
Certes, désormais, le principe, libéral, est fixé dans le code de commerce : c’est celui de la liberté des prix (3). Le prix du produit ou du service, supposé juste, est mécaniquement ajusté par la loi du marché qui détermine le prix, par l’adéquation de l’offre à la demande. Toutefois, l’article L.410-2 du même code dispose que :
«... dans les secteurs ou les zones où la concurrence par les prix est limitée en raison soit de situations de monopole ou de difficultés durables d'approvisionnement, soit de dispositions législatives ou réglementaires, un décret en Conseil d’État peut réglementer les prix après consultation de l'Autorité de la concurrence. »
Les conditions légales visées par le texte pour réglementer les prix étaient donc, dès le mois d’avril 2026, réunies :
- situations de quasi monopole (ou de position dominante (4)) des grandes sociétés pétrolières ;
- et difficultés durables d'approvisionnement
Et conséquence on pourrait (et devrait) évidemment appliquer les règles légales du code de commerce (410-2, al.2) qui permettent au gouvernement d’arrêter, « par décret en Conseil d’État, contre des hausses ou des baisses excessives de prix, des mesures temporaires motivées par une situation de crise, des circonstances exceptionnelles, une calamité publique ou une situation manifestement anormale du marché dans un secteur déterminé. Le décret est pris après consultation du Conseil national de la consommation. Il précise sa durée de validité qui ne peut excéder six mois ».
Un tel système avait déjà été appliqué durant la Guerre du golfe (1990) pour calmer les appétits spéculatifs effrénés sur les prix des carburants. Et ce même dispositif empêcherait, en 2026, une crise économique et sociale gravissime. Car il y a urgence : pêcheurs, agriculteurs, transporteurs, compagnies aériennes et tourisme, libéraux, taxis, ambulanciers, salariés, familles, périphériques et ruraux, c’est toute l’économie française qui se meurt. Et donc aussi notre société.
Resterait seulement, une fois la décision prise, à étudier – ce qui aurait dû être déjà fait – le niveau des prix ou des marges à fixer. Une juste répartition de l’effort entre l’État (ses taxes), les pétroliers (leurs marges) et les consommateurs ?
Qui ne peut imaginer et anticiper la secousse sociale et politique qui vient ? Puis, de toute urgence, l’empêcher par une taxation raisonnable et légale des prix des hydrocarbures. Macron a récemment déclaré (c'était le 29 avril) « qu’il faut réfléchir (sic) et ne rien s’interdire ». On aurait préféré qu’il s’oblige : car il pourrait être emporté avant terme. La Nation ne supportera plus très longtemps que la même cause qui appauvrit la totalité des citoyens enrichisse éhontément une infime minorité de spéculateurs.
Notes
1) Les deux ordonnances du 30 juin 1945.
2) Et l’article 104 du traité de Maastricht puis l'actuel article 123 du traité (liberticide) de Lisbonne.
3) Ordonnance du 1er décembre 1986, article L.410 s. du Code de commerce.
4) Article 420-2 du code de commerce et art.101 et 102 du Traité européen TFUE.
Henri Temple est universitaire, ancien avocat, co-fondateur puis directeur du Centre du Droit de la Consommation. Son dernier livre : Essai sur le concept de nationisme (Sphairôs, 2024).
Henri Temple - BP 13 La Poste 12230 La Cavalerie (France)