Etude de ce qui constitue chaque nation et des conséquences qui en découlent
La rubrique "actualités" est ouverte aux apports de divers auteurs, qui viendront illustrer, actualiser, commenter, préciser, compléter, voire nuancer, l’Essai sur le concept de Nationisme, paru en 2024. Ces différents apports, postérieurs à la publication de l’Essai feront vivre et s’améliorer la « théorie nationiste », conçue pour favoriser la paix internationale et la démocratie interne.
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31/10/2025
ACTUALISATIONS DU CHAPITRE 9 :
CONSÉQUENCES POLITIQUES DE LA CONJONCTION DES FAITS SOCIAUX, JURIDIQUES ET ÉCONOMIQUES
CONTRIBUTION / OPINION. Le début du XXIe siècle se caractérise par de grands bouleversements économiques et géopolitiques à l’échelle planétaire, une véritable inversion des pôles. Dans cette première partie, notre contributeur décrit la fin du multilatéralisme et surtout d’un mondialisme hors de contrôle qui affaiblit les démocraties. La seconde partie sera consacrée à l’urgente et vitale remise en cause du système bruxellois, qui n’était plus qu’une application fédéraliste du mondialisme.
Crédits illustration : ©/AP/SIPA
article d’Henri Temple publié dans Front Populaire - 01/11/2025
Après le 25e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui s’est tenu en Chine, à Tianjin du 31 août au 1er septembre 2025, l’ancienne ambassadrice de France à Pékin et à Moscou, Sylvie Bermann, a accordé un long et intéressant entretien au JDD (« Nous vivons la fin du multilatéralisme et de l’ordre ancien », JDD 07/09/2025). Si l’on approuve la teneur générale de ses analyses, il est néanmoins possible de proposer des nuances, voire des désaccords, à certains de ses propos. Et de son côté, Pierre Lellouche (ancien secrétaire d’État au Commerce extérieur), dans Valeurs actuelles, tire du même sommet de l’OCS une chronique très pessimiste sur notre avenir géopolitique (« Le dragon et l’éléphant », VA 10/09/2025).
Or, il n’y a pas que le multilatéralisme qui prend fin, mais aussi le mondialisme. Et nous ne serons pas aussi pessimistes et négatifs vis-à-vis du président Trump, ni en ce qui concerne le futur de la France dans ce qui sera inévitablement une Nouvelle Europe, à reconstruire.
La première question du JDD à Mme Bermann porte sur un « éventuel basculement de l’ordre mondial en faveur des pays du Sud global » après la déclaration de Xi Jinping appelant à la « reconstruction d’un système de gouvernance globale plus juste et plus raisonnable », en partenariat avec la Russie et l’Inde notamment. Venant du chef d’une gigantesque ploutocratie communiste dictatoriale, cet appel est surréaliste. Pour Mme Bermann, « en tout cas c’est la fin du multilatéralisme et de l’ordre ancien ». C’est vrai et c’est très important. Mais c’est partiel, car il n’y a pas que le multilatéralisme qui prend fin, mais aussi le mondialisme.
Le multilatéralisme était une praxis convenue en politique internationale, dont le but était de créer des cadres institutionnels supranationaux et des règles obligatoires dans les relations interétatiques. Quant au mondialisme, c'est une doxa économique libre-échangiste, pour le commerce mondial, inspirée des théories de Ricardo (fin XVIIIe siècle). Des théories sommaires et lacunaires qui favorisent l’enrichissement des grandes entreprises commerciales, mais pas la « richesse de nations », chère à Adam Smith. C’est le multilatéralisme qui avait permis d’imposer le mondialisme ultra capitaliste sans passer par les démocraties nationales, exclues de cette décision néfaste pour elles.
Mais Mme Bermann ajoute deux réflexions plus discutables : Premièrement, selon elle, les États-Unis « se détachent progressivement des valeurs occidentales ». Opinion qui ne serait défendable que si on considérait que le multilatéralisme est une « valeur occidentale »… Or le multilatéralisme a le plus souvent été imposé aux Nations (Bretton Woods, GATT, UE, Lisbonne, OMC, Mercosur, etc.), en dehors de toute approbation populaire. C’est-à-dire, si les mots ont un sens, en bafouant la valeur occidentale majeure, la liberté, et ses applications : Souveraineté, Démocratie, Indépendance. Dès lors, peut-on soutenir qu’en se détachant du multilatéralisme, Donald Trump s’écarterait des valeurs occidentales ? Et s’il s’en rapprochait plutôt ? Comme d’ailleurs dans sa lutte contre le wokisme, le narcotrafic, l’immigration illégale, le libre-échangisme, l’interventionnisme… Bref, sa lutte contre tout ce qui abîme et détruit les valeurs occidentales. Et les États-Unis…
La deuxième réflexion, bien dans l’air du temps, est que « l’influence des pays dits du “Sud global” ne cesse de croître ». Ce qui induit un recul corrélatif de l’« Occident global » (si ce terme existe). Et il est de fait que la Chine, l’Inde, le Brésil sont devenus, grâce à leurs masses démographiques, leurs étendues géographiques, leurs ressources naturelles, des puissances considérables, ce qu’ils n’étaient pas il y a 50 ans.
Au demeurant, le concept néologique de Sud global est très flou, hétérogène, et intrinsèquement fragile : en effet, que ce soit la Chine, la Corée du Nord, l’Iran, la Russie (est-elle dans le sud !?), il s’agit de dictatures très oppressives, susceptibles de subir de brusques changements de régime (limogeage, coup d’État, révolution). Si le lecteur de ces lignes devait soudain chercher un asile politique, se rendrait-il dans une de ces dictatures ? Ou en Occident ? Quant à l’Inde, en hostilité frontalière depuis toujours avec la Chine (et dans la vallée de Galwan en 2020), elle n’était à Tianjin que parce son fournisseur d’énergie (la Russie) y était et pour affirmer son indépendance vis-à-vis des États-Unis qui veulent taxer ses produits. Mais l’Inde s’imagine-t-elle trouver en Chine, sa concurrente, un débouché à ses produits si les États-Unis les surtaxaient ? Alors qu’un Iran libéré des Mollahs pourrait compenser les fournitures russes d’hydrocarbures (82 % des Iraniens veulent se débarrasser de ce régime aux abois).
La deuxième question du JDD était de savoir si « les États-Unis peuvent encore espérer détacher la Russie de l’orbite chinoise ». Pour Mme Bermann, « Vladimir Poutine exerce une fascination sur Donald Trump, qui apprécie ses talents d’autocrate ». Mais elle « ne croit pas du tout que Trump puisse détacher la Russie de la Chine, car chacun de ces deux pays trouve un intérêt dans ce partenariat stratégique ». Pourtant, ces dictatures sont à la merci, comme toute dictature, on l’a dit, de changements soudains et brutaux de régime ou de tyran ; et donc, ce partenariat est, aussi, tributaire de la longévité physiologique ou politique des deux chefs d’État. Qui peut anticiper de ce qui se passera en Chine, en Russie, en Iran d’ici 5 ans ? En outre, et bien plus encore, ces pays sont tributaires de leurs clients, de leurs exportations : de gaz et pétrole pour la Russie et l’Iran, de sa production manufacturée pour la Chine. Et la dette de la Chine atteint (en 2023) 275 % de son PIB !
On jugera, dans les jours et semaines qui viennent, de la détermination des États-Unis face à l’obstination guerrière de Poutine, mais, d’ores et déjà, la livraison en octobre 2025 de 3400 missiles US lourds (ERAM) est un indice fort : Trump n’aime pas qu’on se moque de lui et de la première puissance du monde comme on le fait, depuis des semaines (pas très intelligemment), au Kremlin. Quant à la société chinoise, très hétérogène et prompte à la colère, résisterait-elle à une baisse massive de ses exportations et donc de son emploi et de son PIB ? Pour Pierre Lellouche également, « l’alliance russo-chinoise est devenue réalité ». Ukraine oblige ; et on sous-entend à cause de Donald Trump. Et pas de Biden qui a encouragé la guerre contre la Russie ? Mais jusqu'à quand l’axe Moscou-Pékin ? Car la mécanique des fluides joue aussi en matière démographique : la Russie c’est 8 habitants au km² face à la Chine, 140 hab/km². Ou encore 140 millions de Russes (dont beaucoup d’Asiatiques) face à 1 milliard 400 000 Chinois (dix fois plus) ; que se passerait-il à terme sur les 4300 km de frontière entre les deux pays ? Une Chine dont le PIB pèse 18,7 billions de dollars, contre 2,17 pour la Russie (chiffres BM, 2024 ; et, pour info, 17 billions pour l’UE).
Or, il se produit aussi, simultanément, un autre séisme planétaire : la fin du mondialisme qui commence désormais (le mondialisme était le but, le multilatéralisme étant le moyen) se fera comme un château de cartes. Tous les pays prendront des mesures pour préserver leur outil national de production, renouant avec les sages conseils des grands économistes : Adam Smith, Jean-Baptiste Say, Friedrich List, John M. Keynes, Maurice Allais, Joseph Stiglitz… Alors, vers où exporteront les pays dont l’essor est essentiellement fondé sur l’exportation ?
Il ne faut pas schématiser aussi rapidement la géostratégie économique du président Trump. À la différence de ce qui se passe en France, où nos politiciens savent tout, les grands politiques américains prennent conseil d’éminents universitaires. La ligne antimondialiste, qui est celle du Président Trump, doit beaucoup au Pr. John Mearsheimer pour la géopolitique, et aux Pr. Peter Navarro et Stephen Miran pour l’économie, les droits de douane et les relocalisations. Il est bien trop tôt (après seulement 8 mois d’exercice du pouvoir) pour conclure s’il a pu corriger ou non la ligne que les États-Unis suivent depuis des décennies, et qui était à bout de souffle.
La troisième question du JDD touchait au message guerrier que la Chine a voulu faire passer avec son gigantesque spectacle militaire, pas très adapté aux thèmes de l’OCS. Mme Bermann souligne, à juste titre, la grande progression de l’armée et de l’armement chinois, avec un budget militaire qui est du 1/3 de celui des États-Unis. Mais 1/3, est-ce suffisant, pour autant, pour estimer que la « Chine a largement rattrapé son retard » ? La Chine n’est pas une nation guerrière. Ses derniers conflits, elle les a perdus : contre la Russie (1929 et 1969), contre le Vietnam (1979). La Chine, n’a pu ou voulu s’emparer des îles Kinmen (Quemoy), dépendantes de Taïwan, à quelques kilomètres seulement des côtes chinoises : va-t-elle tenter de s’emparer de la montagneuse Taïwan, distante à 200 kilomètres d’une mer difficile, et qui sera appuyée par ses alliés : États-Unis, Japon, Corée et tous les pays libres du Pacifique ? Les grandes difficultés de la Russie en Ukraine, pourtant contiguë, sont de nature à inciter la Chine à la prudence militaire. Mais si, au lieu de voir la montée en puissance de la Chine comme exclusivement braquée contre les États-Unis, la Chine n’essayait pas, plus simplement, de dominer implicitement sa voisine, la Russie qui a tout ce qui lui manque : des ressources et de l’espace. Une Russie, affaiblie par son aventure ukrainienne, pourrait-elle refuser à Pékin ce qui lui serait demandé ?
Par ailleurs, si Pierre Lellouche additionne les puissances nucléaires du « Sud global » (Russie, Chine, Inde, Pakistan), ne faut-il pas observer que l’Inde est à la fois rivale de la Chine, et en conflit chronique (religieux et frontalier) avec le Pakistan ? Y a-t-il vraiment addition ? Que ferait la grande démocratie au moment fatidique ?
Enfin une quatrième question est soumise à Sylvie Bermann : « Les Européens sont-ils définitivement hors jeu dans le nouvel ordre mondial qui se dessine ? » Pour Sylvie Bermann, « cela devient très difficile ». L’ancienne ambassadrice « ne voit pas comment les Européens peuvent peser à l’avenir s’ils ne s’engagent pas dans un processus de réarmement massif. » Soit , mais avec quel argent, notamment en France surendettée ? Donald Trump, lui, l’a parfaitement compris, c’est d’abord la prospérité économique qui permet d’abonder l’armée, la recherche et l’industrie de défense. L’argent est le nerf de la guerre, ce qui n’exclut ni le renseignement, ni la technologie, ni la stratégie.
Or, la prospérité d’un pays à hauts salaires, à frais sociaux et écologiques importants, implique une protection suffisante des entreprises nationales, au besoin par des taxes douanières ajustées juste assez pour égaliser les conditions de la concurrence et éviter que les filières stratégiques disparaissent ou délocalisent. En d’autres termes (et Sylvie Bermann n’en parle pas), l’Union européenne (excrétion de l’ancien ordre mondial à présent périmé) doit très vite se transfigurer, abroger les actuels traités, en penser de nouveau, pour devenir une structure confédérale. Cette structure associera (au lieu de les dissoudre dans un magma) de fortes nations souveraines et démocratiques qui protégeront leurs intérêts économiques communs vitaux face à la Chine, à la Russie, et même aux États-Unis…
Certes le monde a changé et l’énorme avance technologique et économique de l’Europe d’il y a 100 ans s’est beaucoup réduite, mais il ne faut pas nous sous-estimer : avec ses 500 millions d’habitants, ses deux armées nucléaires et une bonne cohérence culturelle, elle peut se ressaisir, comme elle l’a fait en 1945. Ce à quoi le président et le vice-président américains ne cessent de l’inciter.
Car l’UE bruxelloise telle qu’elle est un terrible échec conceptuel et pratique : rappelons les vantardises, sottises, connivences et bourrages de crâne du Conseil européen de Lisbonne en mars 2000. Ladite « stratégie de Lisbonne », prétendait faire de l’UE, en 2010, « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale »… Un galimatias grotesque et mensonger.
Un tel colossal échec en tous domaines signe la fin de l’UE et convoque les Nations à une autre Europe, bien plus réaliste et intelligente.
Henri Temple - BP 13 La Poste 12230 La Cavalerie (France)